Le stress est devenu l'un des plus graves problèmes
de notre temps: il met en péril la santé physique et mentale des individus et,
en outre, il coûte très cher aux entreprises et à l'économie nationale. Aux
Etats-Unis, par exemple, le stress coûterait à l'industrie quelque 200
milliards de dollars par an - à cause de l'absentéisme, des pertes de
productivité, des indemnités de l'assurance santé et des frais médicaux
directs. Au Royaume-Uni, on estime que le coût du stress - maladie, baisse de
la productivité, mouvements de personnel, décès prématurés -pourrait
représenter jusqu'à 10 pour cent du PNB.
En anglais, les ingénieurs entendent par « stress »
l'effort ou la contrainte qui engendre une déformation de la pièce qui y est
soumise, mais ce terme a acquis en biologie et en médecine un sens différent,
et c'est dans ce sens que nous l'utilisons en français: il désigne la réponse
de l'organisme aux influences, modifications, sollicitations et tensions qui
exigent de sa part une adaptation.
On peut considérer le stress sous l'angle de
l'harmonie qui doit exister entre l'être humain et son environnement. Lorsqu'un
individu est soumis à des exigences qui ne correspondent pas à ses capacités
actuelles ou à ses besoins ou aspirations, cette discordance est cause de
stress. Si le sujet est capable de s'adapter à ces circonstances nouvelles, le
niveau de stress diminuera ultérieurement et l'effet pourra être en fin de compte
positif. Ainsi, un défi soudain, par exemple un nouveau projet difficile à
exécuter au travail, peut avoir un effet stimulant et inciter l'intéressé à se
dépasser. Mais s'il n'est pas capable de s'adapter et si le stress devient un
élément chronique et débilitant de sa vie quotidienne, sa santé risque d'être
compromise, au point même que sa vie pourra être en danger.
Les mêmes pressions extérieures n'auront toutefois
pas la même incidence sur des personnes différentes. Un alourdissement de la
charge de travail qui représenterait, pour l'un, un surcroît de stress
indésirable, pourra constituer, pour l'autre, un stimulant bénéfique. De fait,
c'est souvent la perte de l'emploi, ou la crainte de cette éventualité, qui
cause le stress le plus pernicieux.
Chacun de nous hérite à la naissance du système
d'alarme qui s'est développé chez l'être humain comme chez l'animal pour faire
face à un danger imminent. En présence d'un stress soudain, l'organisme humain
se met immédiatement en alerte. Lorsque l'homme des cavernes, notre ancêtre, se
trouvait confronté à un tigre à dents de sabre ou à un ours grizzli, son
organisme réagissait sur le champ. Le cortex transmettait au cerveau un signal
qui signifiait «attention, danger!» , le cœur se mettait alors à battre plus
rapidement, la respiration s'accélérait et les muscles se contractaient. De la
noradrénaline se déversait dans le sang, qui transmettait aux muscles des
énergies supplémentaires lui permettant de se préparer à «combattre ou fuir».
De nos jours, hélas, ce système de réaction rapide
peut faire plus de mal que de bien. Il garde certes son utilité pour faire face
à un danger physique soudain ou fournir un effort intense dans la pratique d'un
sport requérant une grosse dépense d'énergie. Cependant, dans les sociétés
industrielles, les événements alarmants ont plus souvent un caractère
psychologique que physique: divergence de vues durable avec un supérieur
hiérarchique, retard de travail qui s'accroît ou factures qui s'accumulent et
que l'on n'a pas les moyens de payer, etc. Combattre ou fuir, comme chacun de
nous pourrait être tenté de le faire lors d'une discussion d'affaires pénible
ou sur un chantier dangereux, paraîtrait une étrange réaction. Dans la vie
moderne, l'être humain a une troisième possibilité: ne pas réagir et absorber
la tension. Cela peut être très éprouvant car, si l'homme ou la femme des
cavernes ne se trouvait sans doute en danger de mort que de temps à autre,
chacun de nous, aujourd'hui, est la cible constante de stimuli qui l'assaillent
à toute heure, jour après jour. Et, comme la société nous encourage à toujours
garder notre calme, du moins en apparence, et à supporter les tensions sans
broncher, le stress qui en résulte risque d'atteindre des niveaux intolérables.
Bien des gens réagissent au stress en augmentant leur consommation de
cigarettes ou d'alcool, en prenant des tranquillisants ou en mangeant trop, ce
qui, tôt ou tard, ne fait qu'aggraver les choses.
Tout être humain est soumis à un stress dès le matin
à son lever. Pour une large part, ce stress n'est que le stimulant nécessaire
pour mener une vie active. Le stress dont il sera question dans les pages qui
suivent est celui qui présente un caractère extrême, incessant, improductif et
dangereux.
Un stress intense se traduit par une forte usure de
l'organisme, qui affecte la santé. La nature des manifestations pathologiques
et des infirmités qui en découlent dépend en partie de facteurs génétiques, et
en partie d'autres influences exercées par l'environnement. C'est ainsi qu'une
même agression peut provoquer un ulcère chez un sujet, une élévation de la
tension artérielle chez un autre et une crise cardiaque chez un troisième,
alors que la santé d'un quatrième ne sera absolument pas altérée.
Une personne sur huit ou sur dix souffre d'un ulcère
à un moment ou un autre de son existence. Chaque année, les ulcères et les
troubles qui s'y rattachent sont responsables de la perte de plusieurs millions
de journées dé travail. Les expériences réalisées sur l'homme et sur l'animal
semblent bien confirmer que les facteurs psychologiques jouent un rôle dans
certaines formes d'ulcère.
Une tension artérielle anormalement élevée est une
autre manifestation pathologique très répandue dans laquelle le stress peut
jouer un rôle. Des études ont montré que certaines catégories professionnelles
(par exemple, standardistes et enseignants) sont particulièrement touchées.
Plusieurs études entreprises aux Etats-Unis ont
montré que les individus du «type A", c'est-à-dire agressifs et avant tout
soucieux de gravir le plus rapidement possible l'échelle sociale, à n'importe
quel prix, dans une course incessante contre le temps, avaient un risque plus
important de contracter une affection coronarienne que ceux qui avaient un mode
de vie plus détendu et plus insouciant.
Le stress coûte cher aux personnes qui en souffrent
- leur santé se dégrade -, mais aussi aux entreprises pour lesquelles elles
travaillent et à l'économie nationale. Aux Etats-Unis, selon certaines
estimations, le stress coûterait à l'industrie quelque 200 milliards de dollars
par an -soit dix fois plus que les grèves, ou encore la totalité des bénéfices
des 500 sociétés les plus riches.
. Absentéisme.
L'absentéisme est une plaie dans tous les pays
industriels. Ses causes sont multiples – des responsabilités familiales aux
intempéries -mais les problèmes de santé - notamment d'origine psychologique –
sont l'une des principales. Selon une estimation faite en 1984 par une compagnie
d'assurances des Etats-Unis (Metropolitan Life Insurance Company), un million
de travailleurs en moyenne étaient absents chaque jour de travail, en grande
partie à cause de troubles dus au stress, et les alcooliques ainsi que les
fumeurs étaient deux fois plus souvent absents que les autres. Au Royaume-Uni,
on estime que l'alcoolisme fait perdre chaque année 2,5 millions de dollars à
l'industrie. On constate par ailleurs que le nombre de journées perdues
s'accroît au fur et à mesure que le niveau socio-économique baisse et qu'il est
donc particulièrement élevé chez les travailleurs manuels.
. Instabilité professionnelle.
Absentéisme et instabilité professionnelle vont
souvent de pair: le travailleur finit par quitter son emploi parce qu'il n'en
est pas satisfait ou parce qu'il y est obligé pour des raisons de santé. Lors
d’une enquête effectuée en 1991 aux Etats-Unis, une compagnie d'assurances, la
Northwestern National Life Insurance Company, a constaté que 14 % des
travailleurs de son échantillon avaient quitté leur emploi ou avaient changé de
poste au cours des deux années précédentes pour cause de stress dans leur
travail. Parmi les autres, 34 % avaient sérieusement envisagé de quitter leur
emploi l'année précédente et 33 % estimaient qu'ils atteindraient bientôt leurs
limites. Selon certaines estimations, les entreprises américaines dépenseraient
700 millions de dollars par an pour remplacer ceux de leurs travailleurs qui
doivent cesser leur activité avant l'âge de la retraite pour cause de maladies
coronariennes. La société Xerox, par exemple, estime que le remplacement d'un
dirigeant lui coûte plus d'un million de dollars et celui d'un cadre supérieur
entre 200000 et 500000 dollars.
. Accidents.
Aux Etats-Unis, les accidents du travail tuent chaque
année quelque 14000 personnes et entraînent une incapacité pour 2,2 millions
d'autres. Ils se soldent en outre par des pertes de productivité estimées à
plus de 30 milliards de dollars par an. Ces accidents se produisent pour de
multiples raisons liées au lieu de travail, au matériel, à l'organisation des
tâches ou à la condition du travailleur , qui peuvent toutes avoir un effet
stressant; comme le souligne un expert, de tous les facteurs personnels qui
contribuent aux accidents, un seul apparaît être un dénominateur commun: un
haut niveau de stress. « Une personne stressée, c'est un accident qui se
prépare. »
. Epuisement nerveux.
C'est le résultat final d'un stress mal géré. Le
travailleur n'a plus de réserve d'énergie et résiste mal à la maladie; il est
inefficace, de moins en moins satisfait de son emploi et de plus en plus
pessimiste. On peut distinguer les étapes suivantes:
1. La «lune de miel» - le novice est plein d'énergie
et d'enthousiasme.
2. Le manque de carburant - les premiers symptômes d'épuisement
apparaissent.
3. Le stade chronique - symptômes permanents de
fatigue, de mauvaise humeur , de maladie et de dépression.
4. La crise - les symptômes sont désormais si aigus
que l'intéressé a l'impression de sombrer.
5. La limite est atteinte - l'intéressé ne peut plus
«fonctionner» et son état se dégrade terriblement.
Cet épuisement est fréquent chez les « drogués
du travail » qui font jusqu'à 80 heures par semaine. Des horaires aussi
longs finissent tôt ou tard par ébranler leur santé. En outre, rien ne prouve
que leur production augmente proportionnellement à leur nombre d'heures de
travail. Ainsi, au japon, les employés de bureau font beaucoup d'heures de
présence pour démontrer leur loyauté vis-à-vis de leur entreprise mais ils sont
généralement moins productifs que ceux d'autres pays. La productivité, mesurée
en fonction des biens que permet d'acheter une heure de travail, est en effet
beaucoup plus élevée ailleurs (par exemple, de 46 % en France et de 39 % en
Allemagne).
Au japon, l'excès de travail pose des problèmes
particulièrement aigus, à tel point que les japonais ont inventé le mot karoshi
qui signifie « mort par surmenage ». On travaille en effet plus au
japon que dans la plupart des autres pays industriels : officiellement, 2044 heures
en 1990,(contre 1 646 en France, par exemple). En fait, l’année de travail est
généralement beaucoup plus longues à cause des heures supplémentaires non
rémunérées. Selon une enquête effectuée par une fédération d’organisations
patronales (Keidanren), 88 % des entreprises ont recours à ces heures
supplémentaires. Au japon, beaucoup d'employés de banque, par exemple,
travaillent 3 000 heures par an -soit l'équivalent de 12 heures par jour
pendant 250 jours - et, selon une enquête de l'Institut des sciences sociales,
le nombre d'heures de travail dans une grande compagnie d'assurances est passé
de 9 heures par jour il y a quinze ans à 11 heures et 20 minutes en 1991.
De si longues heures de travail se paient tôt ou
tard. En 1992, un psychiatre signalait que le nombre de patients le consultant
pour des problèmes de stress avait quadruplé en dix ans. Selon le Dr Tetsunojo
Uehata (qui a créé le mot karoshi), ces problèmes ont commencé à faire
leur apparition à la fin des années soixante-dix quand la crise du pétrole a
conduit les sociétés japonaises à réduire leurs effectifs et à exiger de leur
personnel plus de travail.
.Indemnisation.
Le coût financier du stress est illustré par le
nombre de demandes d'indemnisation qui sont présentées par les travailleurs,
soit dans le cadre des régimes auxquels ils sont affiliés, soit lors de procès
devant les tribunaux civils. Naguère, les demandes d'indemnisation pour cause
de stress étaient relativement rares. En 1980, aux Etats-Unis, elles ne
représentaient que 5 % des demandes d'indemnisation des maladies
professionnelles mais ce pourcentage était déjà de 15 % en 1989. Dans certains
Etats, la progression a été encore plus rapide. En Californie, le nombre de ces
demandes a septuplé entre 1979 et 1988. Neuf sur dix ont été approuvées et le
montant moyen des indemnités a été de 15 000 dollars. Des cabinets d'avocats
font régulièrement paraître dans les journaux des publicités du genre: « Est-ce
que votre travail vous rend malade ?". Un juge submergé par le nombre de
cas qui lui étaient soumis a lui-même obtenu d'être indemnisé en faisant valoir
que l'attaque cérébrale dont il avait été victime était due à une charge de
travail excessive. Comme de plus en plus de demandes d'indemnisation sont
approuvées, le coût des assurances ne cesse de s'accroître. En 1990, il a ainsi
augmenté de 22 % dans le Texas et le Maine et de 6 % dans le Connecticut.
On observe une évolution analogue dans d'autres
pays. En Australie, à la suite de l'adoption d'une nouvelle Loi en 1988, les
demandes d'indemnisation du stress présentées par les agents de l'Etat ont
augmenté de 90 %, jusqu'à représenter 35 % du coût total des indemnités versées
à cette catégorie professionnelle en 1990. Pour l'instant, les chiffres sont
moins élevés dans le secteur privé. Selon WorkCover (l'assureur du secteur
privé), ces demandes d'indemnisation représentaient seulement 2,5 % du total en
1990, mais leur nombre commence à augmenter rapidement.
En outre, de plus en plus de travailleurs demandent
réparation devant les tribunaux civils. Dans les années à venir, le stress
devrait être à l'origine de la majorité des procès intentés pour cause de
maladie professionnelle. Une analyse des procès qui ont déjà eu lieu aux
Etats-Unis dans les années quatre-vingt a montré que la plupart des demandeurs
étaient des travailleurs manuels d'entreprises manufacturières et que 40 %
seulement d'entre eux avaient obtenu gain de cause.
Au Japon, les demandes d'indemnisation pour incapacité ou mort due au stress sont relativement
peu nombreuses. En 1989, par exemple, 777 demandes d'indemnisation ont été
présentées au ministère japonais du Travail ; 110 ont été approuvées mais 80
cas ont été considérés comme liés à des accidents et 30 seulement comme dus à
un excès de travail. Le ministère ne reconnaît pas Je terme karoshi; il
fait valoir qu'il est difficile d'établir une corrélation entre certains
niveaux de fatigue et telle ou telle maladie; il n'accepte donc d'indemniser un
travailleur que si le volume de travail de celui-ci durant la semaine précédant
son effondrement a été supérieur à la moyenne.
Il n'empêche que l'opinion est très inquiète. Selon
une enquête, plus de 40 pour cent des Japonais craindraient de mourir de
surmenage. Les familles qui jugent que l’un des leurs a été victime du karoshi
semblent désormais plus déterminées à passer à l'action. En 1988, un groupe
d'avocats de Tokyo a créé une antenne chargée de conseiller les parents et de
les aider à obtenir réparation. Le premier procès pour karoshi a été intenté en
1991 par la veuve d'un vice-président d'un bureau d'études qui, après avoir
fait chaque année 20 voyages d'affaires à l'étranger, est mort à l’âge de 51
ans d'une hémorragie cérébrale. A la fin de 1991, les tribunaux étaient saisis
d'une dizaine de cas du même genre.
Le travail n'est pas la seule source de stress, mais
c'est l'une des plus importantes, Ainsi, une étude conduite aux Etats-Unis par
Blue Cross/Blue Shield indique que, sur six travailleurs se plaignant d'une
maladie, cinq considèrent que le stress qu'ils subissent dans leur travail est
une des principales causes de leurs problèmes de santé. Des enquêtes ont par
ailleurs montré que les trois quarts des Américains jugent leur travail
stressant et même de plus en plus stressant. En Suède, jusqu'au tiers des
travailleurs expriment la même opinion. Au Canada, à l'occasion d'une enquête,
60 pour cent des travailleurs ont indiqué qu'ils avaient souffert du stress
dans leur travail l'année précédente et 35 pour cent ont fait état d'effets psychologiques
néfastes. En 1990, en France, 64 pour cent des infirmières et 61 pour cent des
enseignants interrogés au cours d'un sondage se sont plaints de conditions de
travail stressantes.
Dans le monde du travail, il y a stress chaque fois
que la charge qui pèse sur un individu est trop lourde et qu'il n'arrive pas à
s'y adapter rapidement. Les causes de stress sont multiples. Elles peuvent être
inhérentes au travail lui-même : bruit, horaire interminable, monotonie, etc.
Elles peuvent aussi tenir à l'organisation du travail - par exemple, si les
ordres sont contradictoires, si les travailleurs ne sont pas consultés ou si
l'information circule mal. Les travailleurs peuvent aussi être préoccupés par
l'évolution de leur carrière ou craindre pour leur emploi. Ils peuvent
également être tiraillés entre leur vie familiale et leur vie professionnelle.
Bref, le stress au travail est un phénomène divers et complexe que le travail
lui-même. Les principaux agents stressants et les effets
|
Les causes du stress dans le monde
du travail |
||
|
Causes du stress |
Facteurs |
Conséquences possibles |
|
Conditions de travail |
Surcharge quantitative Surcharge qualitative Cadence des chaînes de montage Décisions Danger physique Travail
posté |
Fatigue physique et/ou mentale Epuisement nerveux Irritabilité et tension nerveuse |
|
Rôles |
Ambiguïté des rôles Sexisme Harcèlement
sexuel |
Anxiété et tension nerveuse Diminution du rendement Insatisfaction professionnelle |
|
Facteurs relationnels |
Mauvais système de travail et manque de soutien social Divergences politiques, jalousie ou colère Manque
d’attention de la direction pour les travailleurs |
Tension nerveuse Tension artérielle Insatisfaction professionnelle |
|
Evolution de la carrière |
Avancement trop lent Avancement trop rapide Sécurité de l’emploi Ambition
frustrée |
Réduction de la productivité Manque de confiance en soi Irritabilité et colère Insatisfaction professionnelle |
|
Organisation |
Structure rigide et impersonnelle Querelles politiques Manque d’encadrement ou de formation Absence
de participation aux décisions |
Manque de motivation et de productivité Insatisfaction professionnelle |
|
Interface foyer/travail |
Retombées de la vie professionnelle sur la vie familiale Absence de soutien de la part du conjoint Querelles de ménage Stress dû à une double carrière |
Conflits psychologiques et fatigue mentale Réduction de la motivation et de la productivité Exacerbation des querelles de ménage |
|
Source : Cooper (1983) |
|
|
. Travailleurs manuels. Une étude
réalisée aux Etats-Unis et portant sur plus de vingt catégories de travailleurs
a montré que les conducteurs de machines et les ouvriers des chaînes de montage
étaient ceux qui se plaignaient le plus de troubles somatiques, d'anxiété et de
dépression. Une autre étude, effectuée en 1991, a montré que, dans les brasseries
britanniques, les ouvriers prenaient beaucoup plus de congés de maladie – plus
du double – que le personnel d’encadrement.
Deux causes de stress ont été identifiées, à savoir
le caractère répétitif du travail et l’obligation de suivre la cadence imposée
par la machine. De ces deux facteurs,
le second est peut-être le plus important. Selon une enquête effectuée au
Royaume-Uni, l'angoisse des ouvriers des chaînes de montage est due, en effet,
non pas au caractère répétitif de leurs tâches (quoi- qu'ils détestent souvent
cet aspect de leur travail), mais à l'obligation de suivre la cadencé (même
s'ils ne sont pas forcément opposés à
ce système). L'anxiété est particulièrement
forte chez les travailleurs les plus méticuleux.
Le bruit, outre qu'il peut rendre sourd, est
une cause importante de stress. Il est
souvent considéré comme un problème majeur, comme l’indiquent les études
consacrées aux travailleurs manuels en Finlande. par exemple, ou aux
travailleurs des plates-formes pétrolières norvégiennes. Il est fréquemment
associé à de la fatigue, à des maux de tête et à un manque de concentration
(d'où une augmentation de la fréquence des accidents). Il a aussi tendance à
rendre irritable, voire agressif.
Les vibrations, elles aussi, peuvent être nuisibles
a la santé et accroître le stress. Les machines rotatives ou à percussion, les
marteaux pneumatiques, les riveteuses, etc. sont une source courante de
vibrations. Les travailleurs disent souvent que l'on s’habitue au bruit, mais une étude a par exemple montré
que 37 pour cent des travailleurs des plates-formes pétrolières de la mer du
Nord considéraient que le fait d être exposé à des vibrations, non seulement à
leur travail mais aussi durant leurs périodes de repos, était une cause
importante de stress.
.Policiers. Le métier de policier peut
être considéré comme particulièrement stressant. Les fonctionnaires de police
sont en effet constamment exposés à des risques et à la violence, et ils se
sentent d'autre part totalement démunis quand ils doivent traiter de problèmes
tels que l'alcoolisme ou les maladies mentales pour lesquels il n'existe pas de
structures appropriées.
Une étude réalisée par des chercheurs canadiens
insiste aussi sur le fait qu'ils doivent constamment être prêts à faire face à
des urgences. La police se heurte par ailleurs aux mêmes problèmes que beaucoup
d'autres institutions. Ainsi, selon une étude effectuée en 1990 au Royaume-Uni,
les policiers jugent les problèmes d'organisation et de gestion beaucoup plus
stressants que les opérations de police proprement dites. Parmi ces opérations,
les plus stressantes sont celles qui conduisent à assister à une mort brutale,
à arrêter une personne violente, à s'occuper des victimes et à informer leurs
familles.
Aux Etats-Unis, où les crimes de sang sont nombreux,
un psychologue qui a travaillé dans plusieurs services de police a constaté que
de plus en plus de policiers craignaient d'être abattus: «L'opinion générale
est que la vie a de moins en moins de prix, que l'on hésite de moins en moins à
tuer.» Les représentants syndicaux des policiers de Washington indiquent que
les policiers sont beaucoup plus stressés aujourd'hui à cause du trafic de
drogue, et que cela provoque fatigue, alcoolisme et problèmes familiaux.
Aux Etats-Unis, les trois quarts des crises
cardiaques dont sont victimes les policiers seraient liées au stress, et les
tribunaux ont statué que tout policier victime d'une crise cardiaque, même s'il
n'est pas en service, a droit à une indemnisation.
.Infirmières. C'est une autre profession
qui semble a priori stressante. Les infirmières doivent accomplir beaucoup de
tâches désagréables et très pénibles sur le plan physique, et doivent en outre
s'occuper de patients gravement malades, voire mourants. Intermédiaires entre
l'hôpital et le patient, elles doivent trouver un juste équilibre entre
détachement et engagement, sans manifester leur stress.
Au Royaume-Uni, des chercheurs ont comparé le stress
des infirmières qui travaillent dans les hôpitaux (y compris dans les services
de soins coronariens et de thérapie intensive) et celui des infirmières en
poste dans des hospices où elles doivent s'occuper spécifiquement des mourants.
Même si ce dernier travail peut sembler plus éprouvant sur le plan émotionnel,
ce sont les infirmières des hôpitaux qui souffrent le plus du stress. Cette
différence semble tenir au milieu de travail et au soutien plus ou moins grand
dont bénéficient les infirmières.
Dans le cas des infirmières, le stress est
apparemment davantage lié à l'organisation du travail qu'au travail lui-même
(dont elles tirent une grande satisfaction).
.Employés des postes. Dans plusieurs
pays, les postiers se plaignent d'être particulièrement stressés. En Europe,
les principaux facteurs de stress pour les employés affectés au tri manuel sont
le rythme du travail, le bruit et la poussière, le manque d'espace et
l'obligation de rester debout de longues heures. Une enquête a été effectuée en
1991 aux Etats-Unis par l'Association nationale des postiers. Ses résultats,
publiés sous le titre Les postiers à bout de nerfs, indiquent que cette
catégorie de travailleurs a des problèmes beaucoup plus graves que la plupart
des autres. Un grand nombre de préposés au traitement du courrier se plaignent
de dormir mal, se déclarent insatisfaits de leur emploi et estiment que leurs
conditions de travail les exposent à des dangers. Beaucoup souffrent de
problèmes physiques (douleurs musculaires, mal aux reins, lésions répétées,
etc.). « Trois facteurs – exigences professionnelles, autonomie, soutien
du personnel d'encadrement - sont très étroitement liés à la maladie et à la
productivité. Sur ces trois plans, les postiers ont de gros problèmes. » Les
auteurs du rapport estiment que l'absentéisme, les pertes de productivité, les
indemnisations, l'assurance maladie et les frais médicaux directs absorbent
jusqu'au quart des dépenses de personnel.
.Enseignants. Un test organisé en 1983
au Japon a montré qu'environ 40 pour cent des enseignants souffraient de
problèmes de santé (maux de tête fréquents, dépression, anxiété constante,
etc.) et que ces problèmes étaient particulièrement aigus parmi les femmes et
les jeunes. Au Royaume-Uni, selon une enquête effectuée en 1990, pas moins de
20 pour cent des enseignants présenteraient des symptômes d'anxiété, de dépression
et de stress relevant de la psychiatrie. Les principales causes
d'insatisfaction sont la charge de travail et le salaire - à quoi il faut
ajouter le manque de débouchés, la durée des horaires et les mauvaises
conditions de travail.
.Serveurs. Les travailleurs qui sont
en contact direct avec beaucoup de clients mais qui n'ont guère de prise sur
leur milieu de travail semblent être particulièrement exposés au stress. En
Suède, l'étude d'un groupe de serveurs a montré qu'ils avaient un fort taux de
cholestérol et beaucoup de tension, et qu'ils étaient nombreux à fumer. En
outre, leur taux de testostérone était faible, ce qui peut être le signe d'un
vieillissement prématuré. Ces serveurs ont indiqué qu'ils subissaient de fortes
pressions psychologiques, que leur pouvoir de décision était limité et qu'ils
ne pouvaient guère compter sur leurs chefs.
.Chauffeurs d'autobus. On a constaté
dans plusieurs pays que les taux d'absentéisme, de morbidité et de mortalité
étaient plus élevés que la moyenne chez les chauffeurs d'autobus. Outre les
contraintes associées à un travail posté, les chauffeurs d'autobus ont une
tâche difficile: leur attention ne doit jamais se relâcher, ils sont souvent
pressés par le temps, ils travaillent toujours dans la même position et ils
doivent supporter les vibrations de leur véhicule et le bruit de la
circulation. Aux Pays-Bas, les chauffeurs des autobus urbains sont moins
satisfaits de leur travail que la moyenne des travailleurs et se classent
au-dessous de la moyenne aussi sur le plan de santé mentale. A Nuremberg, en
Allemagne, seuls 5 pour cent des chauffeurs d'autobus travaillent jusqu'à l'âge
maximal de la retraite (soixante-trois ans). Environ 30 pour cent prennent leur
retraite avant l'âge de soixante ans parce qu'ils sont incapables de poursuivre
leur travail et 38 pour cent ont droit à une retraite anticipée pour la même
raison.
.Travail sur écran. Le nombre
d'emplois informatisés devrait beaucoup augmenter, à tel point que les
travailleurs manuels pourraient être minoritaires à la fin de cette décennie.
Le Syndicat des travailleurs des communications d'Amérique signale par exemple
qu'il avait 425000 adhérents travaillant sur écran en 1990 contre seulement
10000 dix ans plus tôt.
La surveillance électronique pose un problème particulier
à ces travailleurs. Les employés des compagnies aériennes, des administrations,
des compagnies d'assurances, des sociétés de vente par correspondance ou par
téléphone, etc. sont les maillons d'une chaîne électronique qui permet à leurs
employeurs de savoir à tout moment comment ils se comportent - nombre de
caractères par minute, temps consacré à chaque client, nombre et durée des
pauses, etc. La surveillance électronique permet aussi de savoir par exemple
quelle est l'attitude d'un travailleur affecté à la vente par téléphone
vis-à-vis du public. On estime que 20 millions de travailleurs sont ainsi
placés sous surveillance aux Etats-Unis.
Ce système est peut-être rassurant pour l'employeur
mais certes pas pour le travailleur. Une enquête menée aux Etats-Unis par
l'Université du
Wisconsin a montré que les travailleurs faisant
l'objet d'une surveillance électronique avaient 10 à 15 pour cent de risques de
plus que les autres de souffrir de dépression, de tension et d'angoisse. Ils
étaient en outre deux fois plus nombreux à se plaindre d'avoir mal aux
poignets.
Beaucoup d'entreprises ont pris conscience que le
stress peut être très préjudiciable à la santé et à la productivité de leur
personnel et ont donc adopté des programmes pour y remédier. Il y a en gros
deux manières d'agir. La première consiste à aider l'individu à éviter les
situations stressantes ou à y faire face et la seconde à modifier
l'organisation du travail afin de réduire les sources de stress.
Une entreprise peut aider son personnel à combattre
le stress, soit dans le cadre de programmes d'aide au travailleur, soit par des
programmes spécifiques. Des programmes d'aide au travailleur ont été introduits
dans beaucoup d'entreprises ces dernières années. Ils visent à aider les
travailleurs à faire face à leurs problèmes personnels. Selon une étude menée
aux Etats-Unis, environ le dixième des salariés souffrirait de problèmes tels
que toxicomanie, alcoolisme, conflits familiaux, problèmes personnels ayant un
rapport avec le travail ou les perspectives de carrière, etc. Tous ces
problèmes ont un lien direct avec le stress.
Aux Etats-Unis, le nombre des programmes d'aide au
travailleur est passé de 500 en 1973 à 8000 en 1984. Ils prennent des formes
très diverses mais incluent généralement des services qui conseillent les
travailleurs et les orientent le cas échéant vers des spécialistes. Ces
programmes se sont beaucoup développés depuis que l'on a pris conscience des
ravages causés par l'alcoolisme. Les travailleurs alcooliques sont beaucoup
plus coûteux que les autres - qu'il s'agisse d'absentéisme, d'accidents du
travail ou de frais de santé en général - et leur taux de mortalité est deux ou
trois fois supérieur. Les programmes d'aide au travailleur ont donné
d'excellents résultats dans beaucoup d'entreprises.
Aux Etats-Unis, la société Kimberly-Clark signale
par exemple une diminution de 70 pour cent des accidents du travail depuis
qu'elle a lancé un programme de ce genre. De même, General Motors indique que
le temps perdu a diminué de 40 pour cent et les indemnités pour maladie ou
accident de 60 pour cent. Ces programmes peuvent sembler onéreux, mais ils sont
très rentables. L'Equitable Life Insurance Society et la société Kennecot, par
exemple, estiment que, pour chaque dollar investi dans ces programmes, ils en
ont économisé environ six.
Dans les programmes spécifiques de gestion du
stress, on commence normalement par expliquer aux travailleurs les causes et
les effets du stress, puis on leur indique comment ils peuvent éviter les
situations stressantes ou y faire face. Les entreprises qui conseillent les
travailleurs dans ce domaine et qui leur offrent des moyens de lutter contre le
stress ont beaucoup d’options a leur disposition. Certaines des plus courantes
sont décrites ci-après.
.Relaxation. Une grande partie des
tensions associées au stress peut être éliminée grâce aux techniques de
relaxation : exercices de respiration, méditation, imagerie mentale
(Imaginez-vous dans un milieu apaisant). L'une des techniques les plus sImples
et les plus efficaces est celle de la relaxation profonde ou relaxation
musculaire progressive. La formation peut beaucoup contribuer à l'efficacité de
cette technique.
Aux Etats-Unis, par exemple, la société Converse
Rubber a étudié les effets de deux pauses de relaxation de quinze minutes et a
constaté que ceux qui avaient été initiés à la relaxation tiraient bien plus de
profit de ces pauses que les autres.
On peut désormais « acheter» de la relaxation.
A Tokyo, par exemple, on trouve des services tels que « Brain-Mind Gym»,
ouvert en 1989 : confortablement allongé, le travailleur stressé regarde sur un
écran des scènes pastorales tout en
écoutant de la musique « New Age» ou il met des lunettes spéciales qui
projettent des stimuli lumineux à travers ses paupières.
.Exercice physique. On considère que
c'est un très bon moyen de combattre le stress qui, ne l'oublions pas, était
destiné à l'origine à nous préparer au combat ou à la fuite. L'aérobic, qui
favorise l'oxygénation des tissus, est considéré comme un excellent antidote.
Pour que l'exercice physique soit profitable, il faut s'imposer un rythme
cardiaque et respiratoire élevé pendant 20 à 30 minutes au moins trois fois par
semaine. On peut atteindre ce résultat en faisant de la natation, du jogging,
de la danse aérobic ou tout simplement une bonne marche. Des sports tels que le
tennis ou le squash, qui ne sont pas des exercices continus, peuvent aider à
combattre tension et frustration, mais n'offrent pas les mêmes avantages sur le
plan de l'oxygénation.
Beaucoup d'entreprises ont mis en place des
programmes de mise en forme physique pour combattre le stress. Au Canada, par
exemple, les compagnies d'assurances Canada Life Assurance Co. et North
American Life Assurance Co. ont constaté que ces programmes, lorsqu'ils étaient
suivis régulièrement par les cadres, faisaient augmenter de 3 pour cent la
productivité et réduisaient de 22 pour cent l'absentéisme. Aux Etats-Unis,
Control Data a observé que les dépenses de santé des travailleurs participant à
son programme de mise en forme cardiovasculaire étaient inférieures de plus de
moitié à celles des autres travailleurs.
.Régime alimentaire. Le stress tend à
accélérer le métabolisme, c'est-à-dire le rythme auquel l'organisme transforme
la nourriture en énergie. Il peut aussi modifier les habitudes alimentaires.
Certains mangent pour oublier leurs problèmes, d'autres se nourrissent à peine.
L'objectif devrait être de conserver des réserves énergétiques suffisantes tout
au long de la journée et d'avoir un poids corporel optimal.
.Changement de comportement. La
manière dont un individu réagit instinctivement aux situations stressantes
(colère, cigarette, alcool, etc.) peut le soulager à court terme mais risque à
long terme d'aggraver le problème. On peut aider les travailleurs à changer la
façon dont ils appréhendent les situations stressantes et y font face. Les
personnes du type A, par exemple,sont connues pour réagir aux pressions
extérieures de manière excessive, ce qui ne fait que leur compliquer la vie. On
peut donc leur conseiller d'essayer d'adopter un comportement du type B - par
exemple, d'apprendre à écouter ou d'être plus patient. Contrairement à ce que
l'on pourrait penser, les personnes du type A, plus agressives, ne réussissent
pas forcément mieux que les autres. Il a été démontré dans au moins une étude
que les gens qui réussissent le mieux, loin d'être agressifs, fonceurs et
combatifs à l'extrême, ont plutôt un caractère du type B (style décontracté et
chaleureux qui séduit l'entourage).
Il faut aussi savoir s'affirmer. Si un collègue ou
un supérieur fait quelque chose que l'on juge irritant, il vaut mieux en
général le lui faire remarquer d'une manière courtoise mais ferme que de se
tenir coi tout en bouillant intérieurement car la colère que l'on aura ainsi
ravalée risque de réapparaître sous des formes destructives (par exemple, si
l'on tente d'atteindre la personne en question par l'intermédiaire d'un tiers).
Dans le cadre des programmes de gestion du stress, il est possible d'apprendre
aux travailleurs à s'affirmer et, ainsi, à mieux maîtriser leur environnement.
On peut aussi éviter nombre de situations
stressantes si l'on sait gérer son temps. Beaucoup de personnes consacrent en
fait très peu de temps à leurs tâches prioritaires; à force d'être interrompues
et de remettre à plus tard, elles se retrouvent à la fin de la journée
débordées et frustrées. Des recherches ont montré que beaucoup de gens sont
stressés non par ce qu'ils ont fait, mais par ce qui leur reste à faire. Un
grand nombre d'entreprises telles que British Airways ou Unilever font suivre à
leur personnel des cours de formation afin de lui apprendre à bien gérer son
temps. Ces cours amènent les intéressés à réévaluer leur attitude, tant au
travail qu'à la maison. Une étude a montré par exemple que l'impossibilité de
passer plus de temps à la maison était
considérée comme la principale cause de stress par 40 pour cent des cadres
britanniques. Une bonne solution consiste pour un cadre à décider que, à certaines
heures, il ne pourra en aucun cas être dérangé, ce qui lui permettra de se
consacrer entièrement à son travail.
La plupart des programmes de gestion du stress portent sur ce que l'individu peut faire pour gérer ou éviter le stress. Il est plus rare que l'on cherche à modifier le milieu de travail pour le rendre moins stressant et plus productif. Nombre des causes de stress indiquées plus haut (encadré 5.1) sont inhérentes au travail et sans doute inévitables mais beaucoup d'autres ne le sont pas. On peut réduire le stress en améliorant le milieu de travail - par exemple, en luttant contre le bruit, les vibrations, la poussière, etc. - et aussi en améliorant l'organisation du travail afin d'éviter de surcharger certains travailleurs ou certaines catégories professionnelles.
Ces améliorations doivent notamment viser à donner
aux travailleurs une meilleure maîtrise de leur environnement, ce qui rendra
celui-ci beaucoup moins stressant. Certaines catégories de personnes se sentent
parfaitement maîtres de la situation, d'autres non. Les entreprises peuvent
aider tous les travailleurs à combattre le stress en leur permettant d'avoir
plus de prise sur leur vie professionnelle. On a constaté, et ce n'est pas une
surprise, que l'obligation de suivre la cadence imposée par les machines est
une cause de stress. Les travailleurs dont le rythme et le mode de travail sont
dictés par la machine ont beaucoup plus de problèmes de santé que les autres.
C'est aussi parmi eux que l'on voit apparaître des phénomènes d'hystérie de
masse avec des symptômes psychogènes tels que maux de tête, vertiges, etc., qui
se répandent dans tout l'atelier à la façon d'une épidémie.
Attendu que le stress résulte d'une mauvaise
adaptation de l'individu à son milieu, il est clair que les travailleurs qui
ont plus de prise sur leur travail sont moins stressés car ils peuvent adapter
celui-ci à leurs besoins et à leurs capacités. Aux Etats-Unis, l'étude de
catégories professionnelles très diverses des chauffeurs de camions jusqu'aux
secrétaires – a montré que les travailleurs ont souvent essayé de persuader
leurs employeurs que leur travail pourrait être mieux organisé mais, faute
d'être écoutés, ils ont fini par renoncer et par faire juste le nécessaire pour
être sûrs de recevoir leur paie en fin de semaine.
Les travailleurs qui sont davantage maîtres de leur
travail sont généralement en meilleure santé et plus productifs. En Suède, on a
demandé à des employés si les changements de ces dernières années leur avaient
donné plus de prise sur leur travail. Ceux qui ont répondu par l'affirmative
présentaient moins de symptômes de maladie coronarienne et de dépression, et
leur taux d'absentéisme était environ deux fois plus faible.
Pour donner aux travailleurs une meilleure maîtrise
de leur travail, il faut promouvoir leur participation aux décisions, les
rendre plus autonomes en leur déléguant plus de responsabilités et leur
permettre d'aménager leur temps de travail.
.Participation. Beaucoup de recherches
ont montré que les travailleurs qui participent aux décisions sont plus
productifs, plus motivés et plus satisfaits de leur travail. La participation a
notamment pour effet d'améliorer la circulation de l'information à l'intérieur
des entreprises. Or l'absence de communication est souvent citée par les
travailleurs comme une cause de stress.
Une expérience a été réalisée à ce sujet dans un
réseau de dispensaires au Royaume-Uni. Un certain nombre de travailleurs, dont
des techniciens et des employés de bureau, ont été invités à des réunions qui
leur ont permis de participer davantage à la gestion du système. Au bout de
trois mois, ces travailleurs souffraient beaucoup moins de troubles émotionnels
et déclaraient qu'ils étaient moins tentés de changer de travail.
.Autonomie. L'une des façons les plus
courantes de promouvoir l'autonomie consiste à rompre avec la structure
hiérarchique traditionnelle des
entreprises en déléguant des responsabilités à des équipes ; c'est une
des caractéristiques de certaines entreprises suédoises et japonaises.
.Aménagement du temps de travail. Des
formules telles que l'horaire variable, le partage des postes ou l'étalement de
la durée du travail sont de plus en plus courantes. Comme nous l'indiquions
dans le rapport de l'année dernière, elles sont séduisantes pour les employeurs
car elles leur permettent d'optimiser l'exploitation de leurs machines. Elles
peuvent aussi donner aux travailleurs plus de satisfaction dans leur travail.
Une étude réalisée aux Etats-Unis a montré par exemple que les travailleurs qui
sont maîtres de leur temps de travail sont moins souvent absents, plus
performants et .plus attachés à leur entreprise.
Le BIT a fait réaliser plusieurs études afin
d'identifier les moyens utilisés par diverses catégories d'entreprises ou
d'organismes pour combattre le stress. Certaines sont résumées ci-après afin de
donner une idée de la diversité des problèmes que l'on peut rencontrer dans ce
domaine et des stratégies qui peuvent être utilisées pour les combattre.
.Mexique - Une entreprise manufacturière.
Une multinationale du secteur manufacturier était très préoccupée par le climat
de profond mécontentement qui régnait dans l'un de ses établissements, dont la
productivité était inférieure de 7 pour cent à celle des autres filiales. La
direction locale, après avoir essayé de régler elle-même le problème, a
finalement décidé de faire appel à un consultant.
Ce dernier a identifié plusieurs causes de stress.
Il a notamment constaté qu'à côté de la filière officielle d'information de
l'entreprise il existait une autre filière, faite de « bruits de
couloir », qui était jugée beaucoup plus crédible par le personnel mais
servait en fait souvent à répandre de fausses nouvelles et donnait naissance à des
idées sans fondement à propos desquelles on peut parler « d'imagination
institutionnelle. »
Quand un problème se présentait, l'établissement
avait aussi tendance à désigner un bouc émissaire qui était obligé de quitter
l'entreprise, même s'il ne pouvait pas en fait être tenu entièrement
responsable. Ce système avait pour effet d'exacerber les conflits de personnes
et d'accroître le stress des cadres et de leurs familles; il créait aussi un
environnement stressant pour les ouvriers des chaînes de montage.
Or, ces travailleurs étaient déjà à la peine. Le
programme de production était très lourd et exigeait d'eux un effort physique,
mental et psychologique très supérieur à la moyenne. En outre, les règles
étaient très strictes, qu'il s'agisse des pauses ou du temps consacré à
l'entretien (par exemple, nettoyage des machines. Les travailleurs étaient
également stressés par le système de rémunération : ils tiraient en effet une
bonne partie de leur rémunération de primes collectives de productivité, payées
à l'ensemble du groupe, Quand une prime n'était pas versée, les travailleurs
qui pensaient que c'était leur faute éprouvaient un sentiment de culpabilité.
Ces problèmes ainsi que beaucoup d'autres ont fait
l'objet de discussions entre la direction et les travailleurs. Les deux parties
sont finalement convenues d'adopter un plan de lutte contre le stress. Les
travailleurs ont décidé de ne plus accorder de crédit aux «bruits de couloir».
Ils ont par ailleurs reçu l'assurance que l'on ne compterait pas sur une accélération
des cadences pour résoudre les problèmes de productivité de l'ensemble de
l'entreprise et que l'effort nécessaire pour exécuter le travail serait évalué
de manière réaliste afin de fixer des limites.
A la suite de ces mesures et de diverses autres, on
a constaté au bout de douze mois que l'absentéisme ainsi que l'incidence des
maladies psychosomatiques avaient diminué. Parallèlement, la productivité
s'était améliorée et l'on prévoyait que, d'ici dix-huit mois, elle serait du
même ordre que dans le reste de l'entreprise.
.lnde - Une compagnie minière. Western
Coalfields, filiale de Coal India, emploie 80000 personnes travaillant dans des
mines souterraines ou à ciel ouvert. Cette entreprise, préoccupée par le niveau
du stress, dans un milieu de travail particulièrement difficile, a lancé en
1988 un programme de prévention du stress afin d'améliorer les conditions de
travail et de devenir plus performante.
Des tests et des discussions de groupe ont mis en
lumière un certain nombre de problèmes. Les cadres avaient en général une
personnalité du type A : ils se plaignaient de dormir mal et d'être facilement
irritables, et avaient souvent recours au tabac et au café pour faire face à
ces problèmes. Le système de travail, et notamment le travail posté, était très
critiqué par les travailleurs manuels (mineurs et chargeurs) qui se plaignaient
de divers troubles physiques (mal de dos, fatigue) ainsi que de la monotonie et
de l'ennui engendrés par un travail répétitif.
Le programme de prévention du stress qui a été
adopté se composait de cours, de sessions de « remue-méninges », de
groupes de discussion, de jeux de rôles, etc. Il s'agissait à la fois de
fournir des informations sur le stress et d'étudier les moyens de le combattre.
Ce programme a débouché sur plusieurs modifications
du milieu de travail. Des équipes supplémentaires ont été créées en vue d'une
répartition plus réaliste du sommeil, des repas et de l'exercice physique. On a
par ailleurs appris aux travailleurs à adopter une meilleure posture dans leur
travail. Certains cadres ont suivi une formation afin de pouvoir conseiller le
personnel et l'aider à identifier et combattre les causes de stress.
Une diminution du stress a été signalée tant par les
cadres que par les travailleurs manuels. Les cadres l'attribuent notamment à
une meilleure répartition de leur travail ainsi qu'à l'utilisation de
techniques de relaxation. Les travailleurs manuels considèrent que la
réorganisation du travail posté leur facilite beaucoup les choses ; un certain
nombre signale que leur santé s'est améliorée et qu'ils fument moins.
Ce programme se poursuit et les modules de formation
sont continuellement adaptés en fonction des suggestions des participants.
Entre autres recommandations, il a été proposé d'élargir ce programme et d'y
inclure des modules spéciaux pour les femmes (épouses des travailleurs et
travailleuses), afin de les aider à améliorer le climat familial.
.Japon - Un service de neuropsychiatrie.
L'étude d'un service de neuropsychiatrie dans un centre hospitalier
universitaire d'Osaka a montré que les infirmières étaient soumises à
différents facteurs de stress. Leurs récriminations étaient nombreuses : « mon
travail ne me donne aucune satisfaction » ; « le travail est très
difficile et très dur », « on ne nous confie pas suffisamment de
responsabilités. » Il y avait aussi beaucoup de conflits de personnes : « arrogance des responsables », « absence
de communication », « impossibilité de se plaindre », «manque de confiance
entre collègues ». Les infirmières s'acquittaient parfaitement de leur travail
mais l'atmosphère était très lourde. Chacun en était conscient mais personne
n'osait se plaindre.
Pour remédier à ces problèmes et notamment pour
améliorer la communication, les médecins ont décidé d'organiser de petites
réceptions au cours desquelles les infirmières ont pu dire ce qu'elles avaient
sur le cœur. A d'autres réunions, elles ont aussi pu confronter leurs opinions
entre elles. A la suite de ces réunions, les médecins ont fait des efforts pour
parler plus fréquemment avec les infirmières et mieux écouter leurs
suggestions. Ils se sont par ailleurs attachés à mieux expliquer leurs
décisions et ont donné aux infirmières la possibilité de poser des questions.
Grâce à ce programme, l'atmosphère s'est considérablement
améliorée, comme en témoignent beaucoup d'infirmières : « désormais, les ordres
sont faciles à comprendre » ; « les responsables et les médecins ont changé et
répondent gentiment à mes questions » ; « je détestais et évitais soigneusement
une certaine infirmière mais, désormais, je peux parler avec elle ».
Dans un système hiérarchique, il est probablement
impossible que chacun soit toujours satisfait de son sort. Des ressentiments
sont inévitables. Mais il est sûr qu'en améliorant la communication on peut
rendre plus agréable et un peu moins stressant le travail très difficile des
infirmières.
.Canada - Un ministère. Le ministère
québécois de la Main-d'œuvre, de la Sécurité du revenu et de la Formation
professionnelle emploie environ 4800 personnes, dont 2500 sont en contact
direct et permanent avec environ 650000 clients. Une enquête effectuée en 1986
a montré que 10 pour cent des agents de la fonction publique avaient des
problèmes personnels qui se répercutaient sur leur travail.
En 1988, le ministère a lancé des programmes de
formation afin d'apprendre aux cadres à aider les travailleurs à faire face à
leurs problèmes personnels.
Ces programmes avaient notamment pour objectif
d'améliorer la communication et de prévenir les problèmes de santé et les
troubles du comportement liés au stress. Depuis 1989, il existe aussi des
programmes pour les simples employés ; ils visent notamment à les aider à
préserver leur santé, à mieux communiquer avec les autres et à résister au
stress. Grâce à ces programmes, chacun prend, par exemple, conscience que le
stress (et le calme) sont contagieux. Il apprend aussi que, faute de pouvoir
éliminer la cause du stress, on peut combattre celui-ci par des techniques
telles que la relaxation ou la respiration contrôlée.
Au bout de deux ans, le nombre de nouveaux cas de
travailleurs ayant des problèmes fonctionnels avait diminué de moitié. La
majorité des cadres estimaient que leur état de santé s’était amélioré et se
sentaient beaucoup mieux a même de faire face a des situations difficiles. Les
employés jugeaient de leur coté que la formation leur avait appris à éviter les
situations stressantes, aussi bien dans leur travail qu'à la maison.
.Suède - Une entreprise manufacturière.
L'un des départements d'une entreprise, du groupe ASEA Brown Bovery (ABB) s'est
trouve confronté a de graves problèmes de gestion et de santé. En 1988, il
employait une vingtaine de travailleuses, toutes peu instruites. Leur travail
était facile a apprendre, mais monotone et routinier, et il comportait peu de
responsabilités. L’absentéisme était très élevé - plus d’un jour de maladie sur
trois jours de travail. Plus de la moitié des absences de longue durée étaient
attribuées à des troubles de l'appareil locomoteur, dont les symptômes étaient
généralement assez vagues. Le taux de rotation du personnel était élevé (39
pour cent par an) et la productivité faible. L'entreprise aurait pu fermer le
département et s'installer à l'étranger, mais elle a préféré améliorer les
conditions de travail.
Une enquête a montré que le problème ne résidait pas
tant dans le caractère physiquement pénible du travail que dans les conditions
psychosociales qui offraient aux travailleuses peu de pouvoir de décision et
peu de prise sur leur travail. L'entreprise a donc décidé d'essayer de
diversifier, d'élargir et d'enrichir ce travail.
Il fallait former les travailleuses pour qu'elles
puissent accomplir les tâches plus diverses. On leur a par ailleurs appris à se
charger du contrôle de la production et du conditionnement. Les plus
compétentes ont reçu une forùation complémentaire afin de se familiariser avec
des tâches plus compliquées qui étaient auparavant confiées à d'autres
(planification de l'approvisionnement en matières premières, contrôle de la
qualité, coordination de la production).
Les résultats ont été très encourageants. Le taux de
rotation du personnel est rapidement tombé à zéro. Les congés de maladie ont
beaucoup diminué. On a observé une nette amélioration dans le cas des
travailleuses qui ne présentaient pas de symptômes manifestes de maladies
professionnelles au début de l'opération : leurs congés de maladie sont
rapidement tombés de 14 pour cent à 4 ou 5 pour cent et, au troisième trimestre
de 1991, à 2 pour cent -soit beaucoup moins que ce qui était jugé possible par
les spécialistes. En revanche, peu d'améliorations ont été observées dans le
cas des ouvrières qui sont revenues travailler au bout d'un long congé de
maladie.
La productivité a augmenté de façon spectaculaire.
Avant, seul le dixième environ de la production était livré à temps ; après, le
pourcentage était de 98 pour cent. La travailleuse chargée de la production du
jour connaissait les capacités de chaque personne et organisait le groupe en
conséquence. Si la demande était forte, le groupe décidait de faire des heures
supplémentaires. Si elle baissait, certaines travailleuses pouvaient prendre un
jour de congé.
L'expérience faite dans ce département a servi de
modèle. En juillet 1992, il y avait 540 groupes travaillant selon le même
principe dans les entreprises ABB implantées en Suède.
.Etats-Unis - Un programme syndical.
Le Syndicat international des travailleurs des industries pétrolières,
chimiques et atomiques (SITIPCA) représente les travailleurs non qualifiés et
semi-qualifiés d'un certain nombre d'industries, notamment l'industrie
pharmaceutique, la chimie lourde, la métallurgie, l'industrie des matières
plastiques et les services publics des eaux. Dès le milieu des années
soixante-dix, un nombre croissant de femmes et de mères de travailleurs
appartenant à ce syndicat ont commencé à travailler à plein temps. Beaucoup
d'entre elles n'ont pas suffisamment d'argent pour payer la garde de leurs
enfants et, de toute façon, il est difficile de trouver une garderie si on
travaille par équipes ou pendant le week-end. Cela crée beaucoup de stress dans
les familles. Les conjoints doivent d'ordinaire travailler à des moments
différents afin de pouvoir s'occuper des enfants et des personnes âgées et, en
conséquence, ils ont très peu le temps de se voir. En outre, ce système risque
de s'effondrer si l'un des conjoints doit faire des heures supplémentaires.
Au milieu des années quatre-vingt, les délégués
syndicaux entendaient souvent les travailleurs se plaindre de ces conflits
entre leur travail et leur vie de famille, mais ils avaient peu d'expérience
des négociations dans ce domaine. Le syndicat a alors décidé de lancer un
programme appelé « Travail et famille. »
Dans le cadre de ce programme, des comités se
réunissent et négocient régulièrement avec la direction pour essayer de régler
les problèmes qui ont un effet stressant sur les travailleurs.
Ce programme a porté ses fruits. Il est désormais
précisé dans certains contrats que l'entreprise s'efforcera de permettre au
travailleur de concilier responsabilités familiales et responsabilités
professionnelles.
En outre, les comités mentionnés plus haut peuvent
se réunir sans déduction sur la paie de ceux qui y participent. Les
travailleurs ont aussi obtenu que les heures supplémentaires soient annoncées à
l'avance, de même qu'ils ont obtenu le droit à des congés payés spéciaux en cas
de maladie de l'un des membres de leur famille, par exemple. Autre progrès
important : les ouvriers des chaînes de montage ont désormais accès au
téléphone durant leurs heures de travail.
En 1990, un comité a par exemple demandé à un
employeur de changer les horaires de travail afin que les travailleurs puissent
mieux s'occuper de leurs familles. Il a invité des représentants d'organismes
sociaux à parler avec la direction et a ensuite diffusé de la documentation sur
différentes questions, notamment les soins à apporter aux personnes à charge,
le stress et la santé.
Ce programme a eu aussi pour effet de sensibiliser
les employeurs, ils ont par exemple pris conscience des limitations des
services actuels en ce qui concerne la garde des
enfants et se montrent désormais plus disposés a aider les travailleurs qui
essaient d’organiser eux-mêmes des garderies.
Le stress auquel sont soumis les travailleurs est l'un
des grands défis que devront relever les gouvernements, les employeurs et
les syndicats au cours des années à venir - dans certains pays, l’incidence
du stress a au moins double en dix ans. C'est un problème qui touche tout
le monde dans les sociétés industrielles modernes et qui, par ses effets sur
la santé et la productivité, a aussi beaucoup d'impact sur l'économie. Les
entreprises qui auront le plus de chances de réussir a l'avenir seront celles
qui aideront les travailleurs à faire face au stress et qui réaménageront
soigneusement le milieu de travail afin qu'il soit mieux adapte aux aptitudes
et aux aspirations humaines.
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