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Insultes et management
: un début de mobilisation des entreprises
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Depuis les propos
déplacés au harcèlement moral, les abus du management
ne sont pas si rares et sont sanctionnés par la loi.
De nombreuses entreprises ont décidé de lutter contre en
renforçant la formation de leurs managers.
Pressions, stress, énervement... C'est
le lot quotidien de nombre de managers. Cette tension peut quelquefois
se transformer en propos déplacés envers les salariés
placés sous leur responsabilité. Mais gare aux débordements
! Des propos déplacés aux insultes, il n'y a qu'un pas.
Dans ces cas, la jurisprudence ne pardonne pas.
Proférer des insultes à l'encontre des salariés peut
constituer une faute grave, surtout lorsque cela se fait de façon
répétitive. A fortiori, quand il s'agit d'insultes racistes.
La Cour de cassation vient de rappeler, dans un arrêt en date du
2 juin dernier, que traiter des membres du personnel de "négro"
et inscrire certains salariés sur des fiches avec des mentions
à connotation sexuelle constituent des faits à caractère
"nécessairement" fautif. Autrement dit, la faute ne se
discute pas dans ce cas. Aucune circonstance atténuante n'est prise
en compte. "Comme le harcèlement moral ou le harcèlement
sexuel, les insultes racistes sont pénalement réprimées.
Par conséquent, ce sont des actes nécessairement fautifs",
explique maître Malika Ouarti, avocate à la Cour.
Ce genre d'insultes est si
grossier que l'on pourrait croire qu'il s'agit d'un cas isolé.
Cependant "les insultes sont monnaie courante dans le secteur de
la restauration, témoigne Elena Stanciu, secrétaire générale
du syndicat CFDT-HTR-IDF (hôtellerie, tourisme, restauration). Cela
fait partie du mode de management de certaines entreprises, d'autant plus
que, malheureusement, peu de salariés réagissent. La plupart
préfèrent partir, d'où un turnover important dans
ce secteur."
En effet, en cas d'abus, il n'est pas aisé pour un salarié
de se défendre. Les preuves sont difficiles à apporter,
surtout lorsqu'il n'y a pas de témoins. Lorsqu'il y en a, ces derniers
ont souvent peur de perdre leur emploi ou d'être victimes à
leur tour. Précisons que seuls les salariés témoignant
dans le cadre d'un harcèlement moral sont protégés
par la loi. "Même lorsqu'il n'y a pas de témoins, le
salarié a intérêt à formaliser tous les actes
dont il s'estime victime, conseille maître Malika Ouarti. C'est-à-dire
qu'il doit réagir au plus vite en envoyant une lettre recommandée
avec A/R relatant les faits dont il a été victime à
leur auteur ou à un supérieur hiérarchique."
Si les chefs d'équipe sont tenus de se maîtriser face aux
salariés placés sous leur responsabilité, le salarié
a également l'obligation de contrôler ses paroles. Ainsi
déclarer à son employeur que l'on a "trouvé
plus juif que lui" constitue une faute lourde (CA Paris, 2 juin 1989).
Heureusement, les insultes
ne font pas partie du vocabulaire de la plupart des managers. Mais il
existe des abus, dans tous les secteurs, à tous les niveaux, du
plus bas au plus haut échelon. Si les insultes en tant que telles
sont plutôt rares, les abus, lorsqu'il y en a, prennent plutôt
la forme de discrimination, voire de harcèlement moral. "la
discrimination, l'absence de perspectives de carrière, c'est le
genre d'abus que l'on rencontre souvent dans notre secteur", indique
Maurad Rabhi, secrétaire général du syndicat CGT-Textile.
Beaucoup d'entreprises ont pris conscience des risques de dérives,
notamment depuis la loi de modernisation sociale qui a institué
le délit de harcèlement moral. Certaines n'hésitent
pas à renforcer la formation initiale de leurs managers par des
stages dans les cabinets spécialisés. "Les seules
compétences techniques ou des diplômes ne suffisent pas pour
savoir diriger des personnes. La culture managériale s'acquiert
avec la pratique, explique Claude Desbordes, directeur du cabinet Mastership.
Un management qui donne la priorité au relationnel se traduit par
une performance accrue et la pérennité de l'entreprise."
© Samorya Wilson
- La Tribune - Mardi 20 juillet 2004.
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