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Passer le relais à
son successeur
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Après une mutation,
une promotion, une démission ou un licenciement, pas question de
partir sans donner à votre remplaçant les ficelles de votre
poste. Pour le plus grand bénéfice de chacun.
Vous quittez votre fonction après plusieurs
années de services. Une règle d'or s'impose : transmettre
le flambeau à votre successeur dans de bonnes conditions. Il
ne sera pas dit, en effet, que votre départ doit désorganiser
l'équipe et laisser les dossiers en souffrance. Mais au fond, à
quoi sert de s'investir quand on quitte le navire, quel que soit le motif
du départ ? Faciliter la tâche du nouvel arrivant, c'est
une chose, mais vous, qu'allez-vous y gagner ?
"Ne bâclez
pas le passage de témoin, prévient Daniel Porot,
du Cabinet du même nom. Cela finira un jour ou l'autre par se
savoir." Et risquerait de vous porter préjudice à
votre nouveau poste. Idem si vous êtes en recherche d'emploi,
puisque les recruteurs contactent souvent les anciens employeurs pour
avoir des informations sur les candidats.
Autre intérêt
de l'exercice, il vous permet de prendre de la distance par rapport à
votre activité. Charles Rigault, contrôleur de gestion
à BNP Paribas, a formé son successeur à la banque
Worms : "Cela m'a poussé à réfléchir
sur mon métier, à mieux l'analyser", reconnaît-il.
La passation de pouvoir commence dès le recrutement du remplaçant
et peut même être l'objet d'une période de transition
plus ou moins importante selon le poste à pourvoir.
- Choisir ou non son remplaçant
?
Certains employeurs confient
la mission de recrutement au manager sur le départ. "C'est
une mission délicate. On a souvent de bonnes raisons de quitter
un poste. Du coup, il est très délicat de livrer les raisons
de son choix à son remplaçant. Difficile de vendre un poste
auquel vous ne croyez plus !", explique Martine Binard, Consultante.
En outre, le futur ex-manager
a tendance à recruter un profil qui lui ressemble. Or ce type de
casting peut être désastreux. "L'arrivée
d'un nouveau manager doit servir à faire évoluer le poste
et apporter du dynanisme. C'est impossible avec un clone", note
Patrick Sermet, consultant.
La meilleure solution :
laisser le supérieur hiérarchique procéder au recrutement
en y associant, le cas échéant, le prédécesseur.
Son avis ne doit être que consultatif.
Vous et vos collaborateurs
vous quittez en bons termes : c'est à vous de leur présenter
votre successeur. "Un lien affectif a pu se créer entre
les salariés et leur ancien manager. S'il fait lui-même les
présentations, la défiance à l'égard du nouveau
sera atténuée", dit Daniel Porot.
Rencontres à trois avec
chaque salarié à tour de rôle, présentation
de chaque salarié sur son lieu de travail ou réunion unique
avec l'ensemble de l'équipe. Michael Lemke, consultant, encadre
aujourd'hui une équipe de quinze personnes. Il se souvient : "J'ai
fait le tour des bureaux avec mon prédécesseur, pour mettre
un nom sur chaque visage". Tous les acteurs ayant un lien
direct avec la fonction doivent être informés et présentés
(responsables d'autres services, clients, fournisseurs...).
Il est important - dès
les premiers jours, on est à ce moment-là moins surchargé
- de rendre visite, avec son successeur, à vos contacts internes
et, pourquoi pas, externes. Ces derniers apprécieront.
- Faire le point sur les dossiers
"Certains managers
quittent l'entreprise en étant en conflit avec leur hiérarchie.
Ils peuvent transmettre de fausses informations, notamment sur les résultats.
La politique de la terre brûlée n'a aucun sens : cela met
en difficulté toute une équipe", analyse Bénédicte
Menard, consultante. Pour être bénéfique, la transmission
doit être la plus transparente possible. Le prédécesseur
doit dresser un bilan très précis des dossiers en cours
: "Il fait le point sur les dossiers et le planning. Il doit
aussi exposer les faits marquants de la vie de l'équipe au cours
des derniers mois précédant son départ", indique
Martine Binard.
Il peut par exemple y avoir
des tensions, et ce type d'information ne se trouve pas dans les rapports
sur les entretiens d'évaluation auxquels le nouveau manager a naturellement
accès. "Son prédécesseur peut lui parler
de ces problèmes, sans toutefois dramatiser. Qu'il se contente
d'énoncer des faits, sans jugement de valeur", insiste
Claude Desbordes, Directeur d'Iris Consultants & Partners. Pas besoin
de trop formaliser ce type de communication. Pourquoi ne pas en discuter
autour d'un café, tout simplement ?
- S'effacer progressivement
La transition peut durer de quelques jours
à plusieurs semaines. Dans tous les cas, le manager doit confier
immédiatement les rênes à son remplaçant. "Dès
le départ, mon successeur a assisté à toutes les
réunions du service. Il a très vite été autonome
et mon rôle au bout d'un mois était juste de répondre
à quelques questions", témoigne Charles Rigault.
"C'est au nouveau de détenir l'autorité
sur l'équipe", confirme Claude Desbordes. Un pouvoir
à deux têtes est souvent déstabilisant pour une équipe
en quête de nouveaux repères. La cohabitation à
plein temps ne doit durer que quelques jours. Le manager s'efface progressivement
et laisse de plus en plus d'autonomie au "suivant". "Au
fil du temps, le manager remplacé ne revient qu'en pointillé.
Mais il reste disponible par téléphone", dit Daniel
Porot.
Cet effacement s'opère aisément
lorsqu'il s'agit d'une mutation en interne. "Pendant trois mois,
j'ai été à cheval sur deux postes. Au départ,
c'était 50/50 mais, rapidement, je me suis concentré sur
mes nouvelles fonctions", raconte Philippe, ingénieur
de l'industrie.
Rien de tel qu'un pot de départ pour
clore définitivement l'aventure. "Le pot permet de
concrétiser le départ et facilite le deuil", affirme
Bénédicte Ménard. Et pas question de revenir voir
ses anciens collaborateurs au bureau ! Cela pourrait susciter des rumeurs
déplacées sur un éventuel retour. Il faut savoir
rester à sa (nouvelle) place.
© Courrier cadres
- N° 1532-1er avril 2004.
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