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Votre corps parle à votre insu. Son langage intéresse de plus en plus les recruteurs. Mais peut-on fonder une embauche sur l'analyse gestuelle ?
Parce qu'ils sont restés croisés, ses bras et ses jambes lui ont coûté la place ! "Lors du débriefing, mon client a souligné son malaise face à l'attitude en repli de Dominique. Sa gestuelle l'a discrédité aux yeux du chef d'entreprise, qui s'est senti plus en confiance avec l'autre candidat, qui, lui, jouait de ses mains avec habileté", Explique R. Teunkam, qui dirite RST Conseil, le cabinet de recrutement mandaté pour cette mission. Anecdote, cet exemple ? De moins en moins. Longtemps, l'analyse gestuelle, qui consiste à interpréter les mouvements du corps, est restée intuitive. Aujourd'hui, elle se rationalise, notamment en utilisant la PNL (programmation neurolinguistique), qui a pour but d'aider les individus à mieux communiquer en les rendant plus vigilants aux paroles et aux gestes de leur interlocuteur. Les livres (le dernier en date, "Le sens caché de vos gestes", de Joseph Messinger, s'est vendu à 24 000 exemplaires) et les formations pour aider les managers à traduire le langage du corps se multiplient. Les "profileurs gestuels" sont appelés pour décortiquer les postures des hommes politiques et des chefs d'entreprise. Ainsi, les jeux de mains d'Ernest-Antoine Seillière et de Michel Pébereau ou l'immobilisme de Thierry Breton sont-ils devenus autant de signes pour juger de leur sincérité ou pour repérer leurs traits de personnalité. Car, comme le look, les attitudes parlent.
Pour Marie Cazel Douëzy, conseillère en image, il existerait même "des chaussettes blanches des gestes", c'est-à-dire des habitudes à bannir lors des entretiens d'embauche, comme "manipuler sans relâche son stylo, s'affaler sur son siège ou, à l'inverse, s'asseoir sur le bord..." De là à fonder son choix de recrutement uniquement sur cet outil... Les professionnels tempèrent. "C'est un des critères, mais ce n'est pas le seul, explique ainsi Arnaud Bioul, directeur du département public et parapublic du cabinet de recrutement Michael Page. Ce qui m'intéresse avant tout, ce sont les compétences du candidat." La majorité des professionnels du recrutement préfèrent en fait parler d'aide à la décision. "Cela sert à peaufiner le recrutement, c'est la cerise sur le gâteau !" confirme Vincent Bianco, DRH de Kodak Pathé. L'utilisation de l'analyse gestuelle, comme celle de la graphologie, reste un sujet délicat dans le monde des entreprises. "En dépit d'un début de codification, cette pratique repose pour une grande part sur la perception et la subjectivité du praticien, analyse un chasseur de têtes. Or les DRH n'aiment par reconnaître que leur jugement puisse aussi dépendre d'un ressenti". Contrairement aux tests de personnalité, cette technique ne dispose en effet d'aucune grille d'analyse préétablie : un même geste peut donner lieu à plusieurs interprétations suivant le contexte. "L'observation de la gestuelle d'un candidat m'aide à lui poser des questions plus fines, explique Anne Cousin, chasseur de têtes chez CPM Search Alexander Hughes. Un regard qui se détourne peut signifier une réflexion mais aussi un inconfort." Même les "gestiologues" avancent avec prudence. Selon eux, l'outil est efficace si celui qui l'utilise n'en tire pas des conclusions hâtives. Certes. Mais face aux CV formatés et aux entretiens souvent convenus, les gestes sont le dernier lieu de la spontanéité d'un candidat. Difficile de maîtriser sa gestuelle : le corps dit naturellement tout haut ce que l'esprit pense tout bas. L'analyse gestuelle permettrait donc de détecter les pensées d'une personne et de les comparer à son discours pour en vérifier l'authenticité. Ainsi, Claude Desbordes, consultant chez IRIS Consultants & Partners, un organisme de formation qui organise des séminaires pour cadres, raconte comment un DRH a réussi à démasquer un candidat : "Ce dernier affirmait être motivé par le poste tout en s'éloignant lentement du bureau. Observant cette prise de distance, le DRH lui a fait part de ses doutes quant à son intérêt réel pour ce travail. Résultat : après quelques échanges, le candidat a reconnu qu'il était là parce qu'il n'avait rien trouvé d'autre !". Facile à manier, cet outil a aussi le mérite de rassurer instantanément sur l'adéquation entre un candidat et une fonction. D'autant que les recruteurs sont toujours inquiets à l'idée de se tromper de personne. "Les gestes sont des indices qui permettent de mesurer l'ouverture d'un candidat, sa volonté, son dynamisme ou encore son opportunisme", assure Geoffroy Desvignes, chasseur de têtes chez H. Neumann. Que faire alors pour convaincre un recruteur que l'on est l'homme de la situation ? Si l'on peut rectifier certaines postures négatives, contrarier ses gestes peut s'avérer dangereux. "Un candidat qui tente de modifier son langage corporel prend le risque de perdre sa dynamique, son authenticité et au final sa crédibilité", avertit Claude Desbordes. Le conseil, donc : garder son naturel, car il reviendra toujours au galop !
© Eloïse Leydier et Valérie Peiffer - Le Point N° 1591 - 14 mars 2003. |
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